Réforme des Établissements et Entreprises Publics (EEP) : la restructuration stratégique du portefeuille de l'État
À travers la mise en place de l'Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l'État (ANGSPE) et l'application de la loi-cadre n° 50-21, le Maroc engage une reconfiguration majeure de son secteur public pour dynamiser l'investissement productif et consolider la souveraineté économique.
Les Établissements et Entreprises Publics (EEP) constituent depuis plusieurs décennies l'armature de l'équipement infrastructurel marocain. Représentant une part substantielle de la formation brute de capital fixe (FBCF) et un vecteur de redistribution territoriale, leur modèle économique appelait toutefois une révision en profondeur pour éliminer les redondances, alléger la charge sur le budget général et accroître la rentabilité des capitaux investis.
Le déploiement de la loi-cadre n° 50-21 relative à la réforme des EEP pose les fondations de ce renouveau. Il rompt avec la tutelle administrative sectorielle classique au profit d'un pilotage actionnarial moderne, fondé sur la rentabilité financière, l'impact socio-économique et la clarté des missions dévolues aux opérateurs de l'État.
L'ANGSPE : incarnation de l'État actionnaire stratège
Au cœur de cette refonte organisationnelle, l'Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l'État (ANGSPE) centralise le contrôle d'un portefeuille d'entreprises clés. Dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière, l'Agence a pour mandat de veiller aux intérêts patrimoniaux de l'État, d'harmoniser la politique de distribution des dividendes et de superviser la gouvernance interne des conseils d'administration.
« L'État actionnaire n'a pas vocation à micro-manager le quotidien des entreprises publiques, mais à leur assigner des contrats de performance pluriannuels alignés sur les priorités souveraines de développement. » Orientations stratégiques de la politique actionnariale de l'État
Cette démarche s'accompagne d'une politique de contractualisation rigoureuse. Chaque entité sous périmètre de l'Agence s'engage sur une feuille de route prévoyant des indicateurs précis en matière d'endettement, de délais de paiement envers les fournisseurs privés et de transition bas-carbone.
Recentrage sur le cœur de métier et synergies de filière
Le second axe de la réforme cible la réduction des coûts de structure à travers la fusion d'entités exerçant des compétences connexes. Qu'il s'agisse de la logistique portuaire, du transport ferroviaire ou de la distribution d'eau et d'électricité via les nouvelles Sociétés Régionales Multiservices (SRM), le recentrage sur les missions régaliennes et la filialisation des activités concurrentielles libèrent des capacités d'autofinancement durables.
Conclusion et perspectives d'efficience
En hissant le secteur public marocain aux meilleurs standards de gouvernance recommandés par l'OCDE, la réforme des EEP apporte une réponse directe aux défis de compétitivité de l'économie marocaine. Elle crée une plateforme d'entraînement vertueuse pour le secteur privé tout en pérennisant les grands investissements d'avenir.